À Belfort-du-Quercy, Solenne et Isaure veillent sur leur troupeau de vaches laitières. À la tête d'un GAEC transmis de mères en filles, elles valorisent les prairies par le pâturage et protègent avec passion l'or bleu du territoire.

Entre vaches laitières, vaches allaitantes et poules pondeuses, Solenne et Isaure font vivre une exploitation ancrée dans son territoire. Face aux étés secs et aux sols calcaires des Causses du Quercy, elles adaptent leurs pratiques au quotidien : choix de races plus résistantes, cultures fourragères sobres en eau et entretien malin des abreuvoirs grâce à des poissons nettoyeurs. Une approche concrète, simple et engagée pour préserver l’eau tout en prenant soin de leurs animaux.
Fort d’un patrimoine naturel et culturel diversifié, le département du Lot regorge de paysages colorés et emblématiques, du Ségala aux causses du Quercy, en passant par la Bouriane et le Quercy blanc.
Ces panoramas ruraux sont profondément marqués par la richesse de l’activité agricole : élevages bovins, exploitations forestières, vignobles, cultures pérennes d’arbres fruitiers et grandes cultures se répartissent sur le bassin, d’amont en aval.

Au cœur des causses du Quercy, la commune de Belfort-du-Quercy s'étend sur les sous-bassins versants du Lemboulas et de la Lère. Située à la frontière du Lot et du Tarn-et-Garonne, elle jouit d’une identité géologique et pédoclimatique singulière, oscillant entre paysages minéraux des Causses et reliefs vallonnés du Quercy Blanc.
Formé plus récemment que les plateaux des Causses, le paysage de Belfort-du-Quercy se caractérise par une succession de "serres" (de longs plateaux étroits et ramifiés) séparés par des vallons et des combes. Ici, la pauvreté des sols en oxydes de fer donne aux terrains calcaires cette couleur blanche éclatante caractéristique de la région.
Ces sols calcaires très filtrants sur les hauteurs, conjugués à des températures estivales élevées et des vents séchants, rendent le territoire particulièrement sensible à la sécheresse. Vulnérable au stress hydrique, cette zone subit les effets du changement climatique, qui s’accentueront dans les années à venir. La préservation de l'eau s’impose comme un enjeu de première importance pour l’avenir du territoire.

Dès l’arrivée des beaux jours en mars, le troupeau de Solenne et Isaure quitte les étables pour rejoindre les prairies verdoyantes et fleuries des alentours. De parcelle en parcelle, au rythme des chants des oiseaux, les 43 vaches pâturent une herbe fraiche et de flore diversifiée.
Cette alimentation printanière et estivale joue un rôle insoupçonné dans l'équilibre physiologique du bétail. L'herbe étant majoritairement composée d'eau, elle couvre naturellement une grande partie des besoins hydriques des vaches. Ainsi, l'ingestion continue d'eau végétale diminue le recours direct à l'abreuvoir, optimisant la gestion de l'eau à l'échelle de l'exploitation.
Le recours au système herbager participe activement à la protection globale des écosystèmes aquatiques, tant sur le plan quantitatif que qualitatif.
Leurs 60 hectares de prairies permanentes, caractérisés par un couvert végétal d’une grande biodiversité floristique, agissent comme un filtre naturel. Ce couvert structure le sol, limite drastiquement l'érosion liée aux pluies et retient les sédiments, ce qui participe à l’amélioration de la qualité de l’eau.
Les racines de ces plantes variées aèrent la terre, améliorant nettement sa porosité et sa capacité d'infiltration. Au lieu de ruisseler en surface, l'eau de pluie pénètre profondément dans le sol pour recharger efficacement les nappes phréatiques.
En privilégiant le recours aux prairies, Solenne et Isaure font bien plus que nourrir leur troupeau : elles s'inscrivent dans un cercle vertueux qui protège durablement la ressource en eau de leur territoire.
Face au défi du changement climatique et du stress hydrique, Solenne et Isaure adaptent leur élevage. À la tête d’un troupeau comportant une grande diversité de races (Simmentals, Brunes, Pies rouge, Ferrandaises rouges et noires, Montbéliardes…), elles suivent la reproduction de près pour sélectionner les animaux les plus adaptés à leur territoire. Désormais, elles privilégient des races bovines plus résistantes, notamment dotées de lunettes qui protègent leurs yeux de la réverbération du soleil.
En parallèle, elles orientent leur assolement vers des cultures fourragères qui ne nécessitent pas obligatoirement d’irrigation. Multipliant les essais et les changements, elles recherchent le meilleur compromis pour leur cheptel et la préservation de la ressource en eau, en testant des cultures comme le tournesol, le sorgho ou le moha, qu’elles associent avec des couverts de luzerne, de seigle et de trèfle. Ces associations contribuent à lutter contre l’érosion du sol.

S’inspirant du savoir-faire d’une agricultrice tarnaise, Solenne et Isaure ont introduit auprès de leurs vaches des compagnons inattendus : des poissons.
Placés dans les bacs d’abreuvement, ces compagnons aquatiques jouent un rôle clé dans la gestion durable de l’eau. En se nourrissant des résidus déposés par les vaches lorsqu’elles s’abreuvent (brins d’herbes, bave, poussière ou microalgues…), ils maintiennent une eau propre et saine.
Cette cohabitation insolite présente des avantages concrets. L’eau restant propre plus longtemps, la fréquence des vidanges et nettoyages se réduit, évitant le gaspillage de dizaines de litres d’eau. Les vaches bénéficient en permanence d’une eau fraiche et limpide essentielle à leur santé.
Membres à part entière de l’exploitation, ces poissons suivent désormais le rythme des vaches. Au fil des prairies, Solenne et Isaure les transfèrent délicatement d’un abreuvoir à l’autre. Une méthode aussi originale qu'efficace, qui prouve que la protection de la ressource en eau s'appuie souvent sur de petits écosystèmes bien pensés.
Conscientes de la vulnérabilité du territoire au changement climatique et au stress hydrique, pour Solenne et Isaure, protéger l’eau relève du bon sens paysan. En adoptant des pratiques durables, elles s'imposent comme de véritables actrices du changement, rappelant que sans eau, la production de lait serait tout simplement impossible. Enfin, elles invitent chacun d’entre nous à questionner notre perception du monde agricole, ce maillon essentiel qui assure notre alimentation quotidienne.