Élevage ovin lait

Bruno et Clément

GAEC de l'Aube
Hures-la-Parade
,
Lozère (48)

Au cœur des Causses, Bruno et Clément veillent sur leur troupeau de brebis laitières avec une conscience aiguë de la fragilité de l'eau. Ici, l'eau est un trésor que l'on ne gaspille pas.

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Présentation

Au GAEC de l’Aube, Bruno et Clément inscrivent leur élevage dans une démarche d’autonomie et de durabilité. Sur le Causse Méjan, où les sécheresses pèsent de plus en plus sur les ressources, ils récupèrent l’eau de pluie tombée sur les toitures pour la stocker dans une citerne enterrée d’environ 130 m³. Cette eau peut ensuite être remobilisée pour l’abreuvement des brebis, offrant jusqu’à deux mois d’autonomie. Un projet concret, collectif et ancré dans le bon sens paysan, pour préserver l’eau tout en sécurisant l’activité agricole locale

Découvrez le projet

Préserver et partager l’eau

L’eau du Causse Méjan, source de préoccupation

Sculpté par des siècles d’érosion et d’infiltration de l’eau, le paysage lozérien se compose de vastes plateaux calcaires entaillés par de profondes gorges. Ce relief karstique parsemé de dolines, de grottes et d’avens regorge de galeries souterraines, tandis qu’en surface le Tarn et la Jonte tracent leur chemin à travers la roche.

Terre d’agropastoralisme, ce territoire a toujours placé la gestion de l’eau au cœur de ses préoccupations. Si la récupération des eaux de pluie était autrefois la norme, la mise en place d’un réseau de distribution dans les années 1960 a déplacé la majorité des prélèvements vers les eaux superficielles. L’augmentation des besoins en eau et les pressions climatiques croissantes ont démontré les limites de ce système. Pour protéger les milieux en période d’étiage, le territoire s’est doté, dans les années 2000 d’une retenue destinée à alimenter le réseau d’eau potable de l’ensemble des usagers, notamment en été, grâce à l’eau stockée pendant l’hiver et le printemps.

La diminution de l’enneigement et des variations pluviométriques sur le Causse d’une année à l’autre obligent les acteurs du territoire à modifier leur gestion de l’eau. La communauté des communes Gorges Causses Cévennes, gestionnaire de l’eau potable, développe alors une vision associant long et moyen termes afin de sécuriser l’approvisionnement en eau du Causse.

En 2022, le déficit pluviométrique hivernal empêche le remplissage de la retenue. En parallèle, la Jonte subit de plein fouet une sécheresse précoce donnant lieu à des restrictions de prélèvements dès février, durcies durant l’été, période à laquelle les besoins en eau sont les plus importants. Bien que ce manque d’eau ait durement frappé tant la biodiversité que les activités agricoles du territoire, il donne un coup de fouet au projet discuté de récupération des eaux de pluie pour l’agriculture.

Récupérer l’eau des toitures

« Dans un souci de préservation des milieux, la réalisation d’un stockage intermédiaire correspond à une logique de préservation de l’environnement. Bien sûr qu’il faut imaginer sobriété, économie, amélioration des réseaux, etc., mais cela ne suffit pas pour pallier des besoins qui étaient en carence. »

Bruno

Bruno et Clément adoptent une vision globale de leur exploitation. Souhaitant améliorer la durabilité de leur ferme, ils intègrent le photovoltaïque et le bois-énergie, tout en projetant de réduire leur impact sur la ressource en eau. Leur projet : la récupération des eaux de pluie pour abreuver leurs brebis.

Accompagnés par la Communauté des communes Gorges Causses Cévennes, l’Agence de l’eau Adour-Garonne, le Conseil départemental de la Lozère et l’État, ils impulsent un programme ambitieux d’installation de citernes de récupération des eaux de toiture.

Le budget global de 1,5 M€ HT témoigne d’un fort soutien public et de l’engagement des exploitants :

70 % : Agence de l’eau (appel à projets économies d'eau)
20 % : Autofinancement des exploitants
5 % : Conseil départemental
5 % : État

Déroulement du projet

L’installation de citernes de récupération des eaux de toiture se déroule en quatre temps :

Phase de diagnostic : estimation de la faisabilité du projet et du coût approximatif pour l’exploitant intéressé.
Phase de projet : adaptation du projet aux besoins des exploitations.
Phase de travaux : réalisation de la citerne.
Phase de suivi et d’évaluation : quantification de la diminution de la consommation et étude d’impact du projet sur les activités agricoles.

Pionniers du dispositif, Bruno et Clément installent sur la ferme une citerne d’une capacité approximative de 130 m3, garantissant deux mois d’autonomie en eau pour l’abreuvement de leurs brebis. Le lancement récent du projet a déjà permis d’équiper deux exploitations du Causse et de réaliser une trentaine de diagnostic.

Un projet aux multiples bénéfices

Ce projet est un levier de résilience majeur participant à :

  • réduire les prélèvements agricoles sur le réseau d’eau potable (objectif de 30 % en moyenne)
  • anticiper la raréfaction de la ressource en eau en période estivale
  • sécuriser les activités agricoles face aux aléas climatiques
  • revaloriser une pratique historique de gestion de l’eau du territoire

Au-delà de l'aspect technique, la force de ce projet réside dans sa dimension humaine. Ce projet collectif témoigne de la coopération entre une pluralité d’acteurs autour des enjeux de l’eau et de la résilience des activités agricoles locales. Ensemble, agriculteurs et agricultrices, collectivités locales et départementales, Chambre d’agriculture, agences publiques et État ont permis l’essor d’un projet faisant de la gestion de l'eau, à l’échelle du Causse, une priorité.

Pour Bruno et Clément, ce projet allie bon sens paysan et engagement citoyen. S’ils considèrent la récupération des eaux de pluie comme un levier essentiel, ils l’insèrent dans une démarche globale de sobriété. En agissant concrètement, ils invitent les décideurs à soutenir les initiatives pour préserver l’eau et l’agriculture locale. Enfin, ils appellent les citoyens à porter un regard plus solidaire et apaisé sur le monde agricole, qui est une part essentielle de la solution pour protéger durablement l’or bleu du territoire.

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