L’eau face aux enjeux de souveraineté alimentaire

Relocaliser notre alimentation

En 2023, 20% de l’alimentation française était importée1 dont 2.3 millions de tonnes de légumes 2.  Soit près d’un fruit et légume sur deux consommés en France est importé3

Depuis 2024, pour réduire la dépendance aux importations et notamment à celles des fruits et légumes, le gouvernement soutient activement la souveraineté alimentaire. Celle-ci implique une diversification des productions à l’échelle de l'exploitation agricole et du territoire afin de déspécialiser les filières françaises. Outre l’objectif de réduction des importations, la diversification a de nombreux intérêts agronomiques. Réduction des risques liés aux conséquences du changement climatique, amélioration de la santé des sols induite par les rotations de cultures, réduction de l’utilisation de pesticides ou encore sources de revenus agricoles polyvalentes, la diversification se développe partout en hexagone et dans le Sud-Ouest.

--> 71% des agriculteurs du bassin cultivent 3 cultures ou plus4

Crédit photo : CRAO, Tarn

Sécuriser l’accès à l’eau pour une alimentation locale

Afin d’accompagner la diversification maraîchère et légumière, l’accès à l’eau est indispensable. Pérenniser ces filières nécessiter des besoins en eau plus important qu’aujourd’hui et surtout un accès régulier à celle-ci pour garantir un approvisionnement croissant et continu en produits locaux. L’eau représente donc un enjeu majeur pour les systèmes alimentaires territorialisés, et plus largement pour la souveraineté alimentaire.

--> Sur le bassin Adour-Garonne, on constate que les exploitations qui irriguent ont une diversité de cultures plus importantes avec notamment des fruits, des légumes, des pommes de terre et des oléagineux5

Difficultés rencontrées dans le Sud-Ouest

Cette diversification se confronte à une limite majeure dans le Sud de la France : celle de l’accès à l’eau d’irrigation6, d’autant plus que les hausses prévues des températures et de l’évapotranspiration vont accroître les besoins en eau des cultures dans un contexte climatique marqué par de fortes irrégularités des précipitations.

Dans ce contexte climatique en évolution, les projections annoncent une diminution de la pluviométrie et des débits des rivières en période estivale. La production de cultures dépendantes de l’eau interroge dans les territoires comme le Sud-Ouest où la tension sur la ressource en eau mobilisable est déjà forte. Ainsi, diversifier les productions pour répondre aux besoins des consommateurs (notamment en fruits et légumes) sur le bassin Adour-Garonne nécessite de mettre en place des pratiques et des modes de gestion de l’eau adaptés, afin de ne pas accentuer la pression sur la ressource à court et long termes.

Les PAT, leviers pour la relocalisation de l’alimentation

A travers leurs diagnostics et leurs plans d’actions, les projets alimentaires territoriaux (PAT) maintiennent les interactions entre les différents maillons du système alimentaire à l’échelle locale. Soutiens économiques aux agriculteurs, les PAT encouragent leur participation aux initiatives de réduction des produits phytosanitaires et à l’amélioration de la qualité de l’eau tout en développant les circuits locaux de consommation. Les PAT sont des leviers intéressants dans la gestion de l’eau et le développement des pratiques agroécologiques mais ils ne prennent pas toujours suffisamment en compte la question de l’eau pour répondre aux enjeux d’alimentation locale notamment dans le Sud de la France.

Diversifier pour limiter l’importation de l’eau virtuelle

Encadré définition : Le concept « d’eau virtuelle » a été développé dans les années 1990 correspond à l’ensemble des eaux utilisées au cours d’un processus de production agricole, industriel ou de service. Lorsqu’un pays importe un produit, il « importe » aussi l’eau qui a servi à fabriquer ce produit ailleurs. On parle alors d’eau virtuelle importée.7

Si relocaliser la production implique d’augmenter les besoins en eau de notre territoire, cela signifie également de diminuer notre consommation « d’eau virtuelle » associées aux importations. En effet, une tomate qu’elle soit produite localement ou importée de l’Espagne ou du Maroc est irriguée. Produire ailleurs délocalise les problématiques de gestion et d’accès à l’eau. Or les produits bénéficiant aujourd’hui d’une forte valeur ajoutée proviennent souvent de pays dans lesquels le stress hydrique est à minima tout aussi important que dans nos territoires, voire plus sévère.

Conclusion

Consommer local signifie donc d’opter pour des produits de meilleure qualité et à l’empreinte carbone moindre mais également soutenir les producteurs locaux qui travaillent avec tous les acteurs de l’eau du bassin à rendre leur gestion de l’eau efficiente et minimiser le plus possible leur impact sur l’eau.

Relocaliser la production en diversifiant les cultures tout en anticipant la pression nouvelle sur la ressource en eau disponible nécessite de repenser à la fois les pratiques agricoles, les choix de consommation et la cohérence des politiques publiques de souveraineté alimentaire au regard des enjeux de gestion de l'eau.

Sources

1 Haut conseil pour le climat, 2023

2 Chambre d’agriculture France

3 (Commission des affaires économiques du Sénat (2019). « Rapport d’information fait au nom de la commission des affaires économiques par le groupe d’études « Agriculture et alimentation », sur la place de l’agriculture française sur les marchés mondiaux », Rapport d’information, n°528)

4 Analyse Chambre régionale d’agriculture d’Occitanie à partir du registre parcellaire graphique, 2024

5 (https://draaf.occitanie.agriculture.gouv.fr/l-irrigation-un-atout-pour-les-productions-agricoles-du-bassin-agreste-etudes-a8431.html)

6 (Nougarèdes et al., 2022)

7 Blanchon, D. et Boissière, A. (2022). L’eau virtuelle. Atlas mondial de l'eau : Défendre et partager notre bien commun (p. 84-85). Autrement. https://shs.cairn.info/atlas-mondial-de-l-eau-defendre-et-partager-notre-bien-commun--9782746763012-page-84?lang=fr

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