Stockage de l'eau

Sécuriser la ressource en eau à travers son stockage
L’agriculture dépend directement de la ressource en eau. Sans elle, la production alimentaire devient impossible. Pour compenser le manque de pluie en été, les agriculteurs peuvent prélever de l’eau dans les rivières, les lacs ou les nappes souterraines pour irriguer leurs cultures.
Aujourd’hui, les prélèvements agricoles représentent environ 40 % de la totalité des prélèvements annuels en eau. Mais les effets du changement climatique frappent le secteur de plein fouet. Ils obligent les exploitations à développer des solutions pour sécuriser l’accès à l’eau et préserver les récoltes.
L’irrigation permet d’assurer aux cultures un apport suffisant en eau et de sécuriser les rendements. Mais lorsque aucun cours d’eau n’est accessible depuis l’exploitation, ou lorsque les volumes réglementaires accordés sont insuffisants ou incertains en raison d’une forte tension sur la ressource, la création d’un plan d’eau individuel peut devenir une option.
Le stockage de l’eau d’hiver, lorsqu’il est raisonné, fait partie des solutions d’adaptation existantes. Il permet aux agriculteurs irrigants d’accéder à l’eau en été sans impacter le milieu naturel.
Contrairement aux idées reçues, il existe une grande diversité d’infrastructures permettant de stocker l’eau. Chacune s’adapte au contexte local : remplissage par pompage ou par ruissellement, imperméabilisation plastique ou naturelle selon la nature du sol, superficie de quelques mètres carrés à plusieurs hectares.
Création d’une retenue
Lorsqu’un agriculteur se lance dans un projet de création de retenue collinaire, il se rapproche généralement de la Chambre d’agriculture de son département. L’objectif est de réfléchir au projet, aux besoins de l’exploitation et aux différentes pistes d’adaptation possibles.
Des échanges et des visites sur l’exploitation sont alors organisés pour déterminer si la création d’un plan d’eau est bien la solution la plus adaptée. Cette étape permet aussi de définir les modalités du projet. Une étude est ensuite lancée pour vérifier la cohérence entre la retenue envisagée et les activités agricoles de l’exploitation.
Une fois la création du plan d’eau actée comme une solution adaptée, l’agriculteur doit souvent réaliser un dossier de déclaration avec l’aide d’un bureau d’études ou de sa Chambre d’agriculture. Le seuil de déclenchement de cette procédure dépend de la surface du miroir d’eau, hors cours d’eau, et varie selon les départements. Dans certains cas, la procédure s’applique dès que la retenue dépasse 1 000 m².
Le bureau d’études ou la Chambre d’agriculture constitue ensuite le dossier du projet. Une étude d’impact est menée pour vérifier le respect des contraintes environnementales liées à la création d’un plan d’eau, telles qu’elles sont définies dans le Code de l’environnement.
Dans ce dossier, les agriculteurs doivent détailler leur projet et préciser les usages prévus de la retenue.
Le dossier est ensuite soumis à la validation de l’État, via la Direction départementale des territoires. Les travaux peuvent commencer après cette validation. Sous certaines conditions, les agriculteurs peuvent bénéficier d’aides publiques couvrant 40 à 60 % du coût total du projet.
Les retenues collinaires, un stockage encore méconnu
La grande majorité de ces infrastructures est créée pour sécuriser les rendements des cultures d’été. Elles concernent notamment les filières du maraîchage, de l’arboriculture et de l’élevage, en particulier pour sécuriser les cultures fourragères dont la survie dépend de l’eau.
Les lacs, ou retenues collinaires, sont déconnectés du milieu. Cela signifie qu’ils ne dépendent pas des cours d’eau et n’impactent donc pas le milieu naturel en été.
Leur remplissage est assuré par les précipitations et par le ruissellement de l’eau provenant des routes, des fossés et du bassin versant. Le stockage de l’eau n’implique donc pas de pompage ou de détournement de l’eau des rivières.
Cette déconnexion du milieu permet aux agriculteurs d’irriguer leurs cultures sans impacter les cours d’eau pendant les périodes les plus sensibles.
Exemple en Aveyron
En Aveyron, la surface moyenne des plans d’eau se situe entre 6 000 et 10 000 m², avec une capacité de stockage allant de 20 000 à 40 000 m³ d’eau.
Le saviez-vous ?
Un écoulement d’eau est considéré comme un cours d’eau seulement si trois critères sont réunis : son lit naturel est marqué, l’écoulement est observé plus de six mois dans l’année et une source est identifiée.
Conclusion
Le stockage de l’eau, strictement réglementé et accompagné, fait partie des pistes d’adaptation au changement climatique à disposition des agriculteurs. Il peut contribuer à limiter les effets de la sécheresse sur les exploitations.
Ce n’est toutefois pas l’unique réponse à la raréfaction de la ressource en eau. Les projets de création de retenues s’inscrivent de plus en plus dans une réflexion plus large sur l’exploitation. Les alternatives au stockage et les autres leviers d’action, comme les changements de pratiques agronomiques, sont étudiés en fonction du contexte et des possibilités de chaque agriculteur.
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