Les tours d’eau : une gestion partagée pour préserver nos ressources

Irriguer sous 35°C ?

« Mais pourquoi les agriculteurs arrosent-ils leurs champs en plein après-midi, sous une chaleur de plomb ? » C’est la question que se posent souvent les vacanciers sur la route de l’été. Contrairement aux idées reçues, l’irrigation estivale n’est pas le fruit du hasard. Elle est minutieusement planifiée en amont pour éviter d’aggraver l’étiage des cours d’eau. Parfois, malgré la chaleur, la ressource est en suffisamment bon état pour être utilisée pour l'irrigation. Sur certains territoires fragiles, des tours d'eau entre les irrigants sont organisés. Les tours d’eau sont un dispositif clé pour réguler les prélèvements d’eau agricole et limiter la pression sur les ressources naturelles en période estivale.

L’objectif de cette planification est d’optimiser les prélèvements afin de protéger au mieux les milieux aquatiques tout en préservant l’agriculture irriguée notamment dans les territoires marqués par des cultures aux besoins en eau élevés et régulièrement soumis à des restrictions d’utilisation. 

Comment s’organise la répartition de l’eau ?

Pour anticiper les tensions estivales et garantir un accès équitable à la ressource, les conseillers des Chambres d’agriculture départementales élaborent un planning précis de répartition des prélèvements entre les irrigants prélevant sur un même cours d'eau.

  1. La collecte de données : avant l’été, les conseillers mettent à jour les données des exploitations prélevant sur la même ressource. Via un formulaire, chaque agriculteur indique ses types de cultures, les surfaces à irriguer, son mode de prélèvement, le matériel utilisé et ses créneaux préférentiels de prélèvement.
  1. Le calcul des besoins : Les conseillers évaluent les besoins hebdomadaires globaux et les croisent avec les seuils de restriction émis par la préfecture. Cela détermine le volume et le nombre d’heures d’arrosage maximum autorisées par semaine pour chaque agriculteur.

Le saviez-vous ? En période d’étiage, il existe deux niveaux de restrictions :

  • Niveau 1 : Réduction de 25% des prélèvements
  • Niveau 2 : Réduction de 50% des prélèvements

L’objectif majeur reste le maintien du Débit d’objectif d’étiage (DOE) : le seuil minimal nécessaire pour concilier les activités humaines et la survie des milieux aquatiques.

Une fois finalisés, les plannings sont soumis aux agriculteurs lors d'une réunion de présentation de la stratégie de l’été à venir. Après validation, ces plannings sont envoyés à la Direction Départementale des Territoires (DDT) et au préfet.

Sans ce système de gestion collective, la préfecture imposerait des jours d’interdiction totale d'irriguer pour tout le monde (par exemple, interdiction stricte d'arroser 2 ou 3 jours par semaine). Les agriculteurs se retrouveraient alors bloqués aux mêmes moments, sans pouvoir adapter l'arrosage à leurs sols, et les cultures resteraient à sec trop longtemps.

Quelles sont les exploitations concernées ?

Les tours d’eau s’imposent à tous les irrigants du bassin prélevant sur une même ressource, mais des distinctions existent selon l’origine de l’eau :

  • Prélèvements en eau de surface : ils sont soumis de plein droit aux restrictions
  • Retenues de stockage déconnectées : ces infrastructures, remplies par le ruissellement hivernal n’impactent pas les cours d’eau en été et permettent d’irriguer sans restriction.

Certaines cultures bénéficient de dérogations : le maraîchage, les pépinières, les cultures sous serre restent irrigués même en restriction totale, car sans accès continu à l’eau, la production serait détruite et la survie des exploitations menacée. Ces dérogations peuvent également inclure d'autres cultures spécifiques au territoire, à condition de ne pas dépasser, au total, la limite de 10 % de l'assolement irrigué de la zone. 

Face au changement climatique, de nombreux agriculteurs anticipent la sécheresse en optimisant leur prélèvement et l’irrigation des cultures pour économiser la ressource. Cette flexibilité permet d’ajuster les plannings au cas par cas. Si un producteur a un besoin urgent en dehors de son créneau, un système de transfert exceptionnel peut être mis en place. Il récupère ainsi le créneau inutilisé d’un de ses voisins.

Garantir l’économie locale et renforcer le dialogue

Dans des secteurs fragiles, les tours d’eau sont le garant d’une production estivale pérenne. Sans les tours d’eau, le risque d'impact sur le milieu induit par des prélèvements non régulés au même moment, serait inévitable et dramatique. Les tours d’eau participent au maintien la compétitivité économique du terroir et assurent la survie des fermes du Sud-Ouest.

Exemple : Le département du Tarn-et-Garonne regorge de sources d’approvisionnement en eau. Dans ce département l’anticipation des prélèvements agricoles est indispensable pour garantir une production estivale. Des productions locales et à forte valeur ajoutée comme le Melon du Quercy (IGP), doivent impérativement être irriguées. 

Bien plus qu’un outil règlementaire, les tours d’eau incarnent un modèle de coopération entre institutions et professionnels de terrain. Trouver le juste équilibre entre les contraintes opérationnelles des agriculteurs et la protection de l’environnement est un défi quotidien. C’est un exercice de dialogue réussi qui, en fin de compte, permet aux agriculteurs.trices d’exercer sereinement leur métier en assurant la survie des exploitations, et de continuer à garnir les étals de nos marchés.

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